L'archiviste professionnel travaille selon un principe appelé l'évaluation : l'examen systématique des documents et objets pour déterminer lesquels méritent les ressources qu'exige leur conservation. On ne peut pas tout garder — l'espace est limité, l'attention aussi, et l'entretien d'une archive est un travail de longue haleine. La mission de l'archiviste est de prendre des décisions éclairées sur ce qui vaut la peine d'être transmis.

La plupart des familles n'ont pas de cadre pour cela. Il en résulte généralement l'un de deux écueils : tout conserver pêle-mêle, ce qui produit des accumulations désordonnées dans les greniers et les caves, si encombrées qu'aucune génération future ne parvient à en faire sens — ou tout jeter, ce qui donne ces maisons nettes et ces greniers vides de familles qui ont perdu toute trace de leur histoire matérielle.

L'approche de l'archiviste familial offre une voie médiane. Elle repose sur une question simple, à poser devant chaque objet, document ou enregistrement : Dans cinquante ans, un descendant de cette famille comprendra-t-il quelque chose d'essentiel sur qui nous étions grâce à cet élément ? Si la réponse est oui, cela mérite d'être conservé. Si elle est non, on peut probablement s'en séparer.

À cette aune, les catégories qui méritent presque toujours d'être gardées sont : la correspondance personnelle et les journaux intimes, les photographies accompagnées d'informations permettant d'identifier les personnes, les documents attestant des grands moments de vie, les objets faits main ou issus d'un travail significatif — et, avant tout, les enregistrements audio et vidéo de personnes qui parlent.

Les catégories qui ne méritent presque jamais d'être conservées : les factures de services datant de plus de sept ans, les coupures de presse sans annotation personnelle, les photographies en double, les objets dont on ne se sépare que par sentiment vague plutôt que par attachement précis.

La chose la plus importante qu'une famille puisse faire pour son archive — au-delà du tri lui-même — est d'annoter ce qu'elle conserve. Une photographie sans noms ni dates n'est qu'une demi-archive. Un enregistrement sans contexte — quand, où, pourquoi — sera difficile à interpréter dans cinquante ans. Annotez tout. Expliquez tout. La règle d'or de l'archiviste : si vous ne pouvez pas identifier ce que c'est sans interroger quelqu'un qui était là, rédigez la réponse pendant que vous le pouvez encore.

Commencez avant qu'il ne soit trop tard

Chaque jour sans enregistrement est une histoire qui ne sera peut-être jamais racontée. Commencez à préserver la voix de votre famille aujourd'hui — il suffit d'un appel.

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